La méthodologie de l'analyse de pratique
L’analyse de pratique est une approche récente qui se doit de respecter une méthodologie sous peine de la voir se transformer en conversation de salon peu productive.
Selon moi, une séance d’analyse de pratique doit respecter les étapes suivantes :
- Un temps de reprise en main du groupe depuis la dernière rencontre. Ce temps permet d’évoquer les évènements récents, et surtout de faire le point sur les conséquences pratiques du travail mené : « Qu’est ce qui a changé depuis notre dernière rencontre, comment avez vous mis en pratique ce que nous avons fait, quelles ont été les conséquences concrètes de notre travail ». Ceci est particulièrement intéressant lorsqu’un plan d’action a été décidé lors de la réunion précédente
- Un tour de table informel pour connaître les situations nouvelles que les membres du groupe souhaitent évoquer ou analyser
- Le choix de quelques situations qui seront travaillées pendant la séance
- L’exposé schématique de la situation par le membre du groupe qui l’a proposée. C’est le niveau 1 de l’analyse de pratique. L’apprentissage de la capacité de synthèse (aller à l’essentiel, ne donner que les éléments significatifs) est une retombée indirecte de cette étape
- La formulation par la personne d’une » demande ». Ce point est très important car l’analyse de pratique doit correspondre à un besoin, et y répondre. Il ne s’agit pas d’évoquer à bâtons rompus tout et n’importe quoi, ni de vouloir à tout prix résoudre un problème ou « fourguer » à un collègue sa propre manière de voir les choses. Il s’agit au contraire de « contractualiser » l’approche en identifiant avec l’apporteur de situation son besoin, sa question (ce qui peut parfois prendre du temps), et de s’engager avec le groupe dans une démarche visant à répondre à cette question sans trop diverger. Cette étape est particulièrement importante pour des personnes ayant des fonctions d'accompagnement, d’encadrement ou de médiation car ils ont parfois tendance eux-mêmes à intervenir face à une situation en fonction de leur propre analyse, voir pire en ne se rendant pas compte qu’ils répondent à leur propre besoin plutôt qu’à celui de l’interlocuteur. En les obligeant à clarifier ces éléments (différence entre besoin, demande, objectif, position de celui qui évoque un problème et de celui qui y réagit…) on les amène à clarifier leur propre position professionnelle
- Une fois cette demande établie, on sait comment travailler. Si la demande n’est qu’un souhait d’évocation (niveau 1 de l’analyse), on peut s’arrêter là. Si l’objectif est d’analyser la situation et le mode d’intervention ou de réaction pour en trouver d’autres, il est alors possible d’aller plus loin. On commence généralement par un tour de table de questions pour compléter l’information dont on dispose sur le problème. A ce stade il est nécessaire de canaliser le groupe pour éviter l’envie de certains d’aller vite à des propositions ou des solutions qui sont prématurées car elles ne reposent pas sur une connaissance approfondie de ce qui s’est passé
- Echange de pratiques. Il s’agit de mettre en commun les différentes manières d’intervenir sur la situation. Chaque membre du groupe propose sa méthode, non pas de manière théorique ou abstraite, mais en se référant explicitement à des situations proches qu’ils à pu rencontrer. A ce stade l’intervenant doit exercer sa vigilance en s’assurant que les situations auxquelles les autres participants fait allusion a bien des points communs avec celle qui a été présentée. Il veille également à ce que l’apporteur de situation écoute jusqu’au bout et ne réagisse pas trop vite : « ça ne pourra pas marcher dans ma situation ». Puis il faut « dépouiller » la proposition de ses éléments trop anecdotiques ou conjoncturels pour en voir le « squelette », la méthode sous-jacente et la formaliser. A l’issue de cette étape on dispose en principe d’un ensemble d’approches, de manières de faire, plus ou moins différentes et parfois même très opposées. Il est bien sur possible à ce niveau de mettre en évidence l’impact de chaque méthode, et de voir celles qui sont plus efficaces ou pertinentes que d’autres (recherche de « bonnes pratiques »). Mais il faut résister un peu à cette tentation car on risquerait d’écarter à priori certaines approches. Il sera beaucoup plus pertinent de faire ce tri à l’issue de l’expérimentation qui va suivre
- Retour vers l’apporteur de situation qui peut maintenant réagir, « faire son marché » dans les propositions émises, voire les combiner entre elles pour construire quelque chose qui pourrait être utilisable pour lui
- Construction d’un plan d’action à mettre en œuvre d’ici la prochaine rencontre. Il s’agit pour les participants (et pas seulement celui qui a présenté la situation), d’expérimenter de nouvelles manières de faire face à des situations semblables
- A la séance suivante, bilan des expérimentations. C’est à ce moment qu’il est pertinent de voir concrètement les conséquences, les résultats, les impacts, et de juger « sur pièces » de la validité d’une approche.
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