Les demandes en psychothérapie

Schématiquement, on peut distinguer plusieurs types de demande :

  • Demande de conseil

    « J’ai besoin de savoir ce que vous pensez de ma situation ».

    Le consultant vient voir un professionnel de la psychothérapie pour avoir un avis. Il n’a pas apparemment l’intention de changer ou de remettre en cause quelque chose dans sa vie, il souhaite plutôt avoir un regard extérieur sur ce qui lui arrive.
    Cette demande ne doit pas être rejetée à priori, même si elle sort du cadre de la psychothérapie, car cela peut être une première manière pour la personne d’entrer en contact avec un professionnel.
    La réponse que l’on peut apporter doit néanmoins être soigneusement mesurée, et ce pour trois principales raisons :
    - Il est présomptueux de conseiller quelqu’un sans avoir une vue d’ensemble de la situation à laquelle il est confronté, vision qui devrait inclure celle des autres protagonistes. Sans cela l’avis que l’on peut donner sera très partial et partiel.
    - Il est difficile en peu de temps de se mettre vraiment « à la place de la personne« . Nous risquons donc de tomber facilement dans une suggestion qui reflète surtout les craintes ou jugements du thérapeute.
    - Enfin une demande de conseil, surtout si elle est du type « dites moi ce que je dois faire », cache souvent le refus de la personne de se prendre en main, sa recherche d’une solution extérieure, son souhait d’être pris en charge, qui se traduira au minimum par une attitude passive, voire par la critique ou le refus de la solution proposée.
  • Demande d’expression

    « J’ai besoin de parler »

    C’est le premier niveau d’une demande de prise en charge psychothérapeutique. La personne a besoin de parler et d’être écoutée. Elle ne possède pas dans son entourage quelqu’un capable de lui proposer une attention neutre, ou elle ne peut pas dire à ses proches ce qui la tourmente.

    Souvent cette expression permettra de libérer une forte charge émotionnelle : Il y a une peur, une grosse tristesse, une colère enfouie qui a besoin de sortir mais qui ne peut le faire dans le quotidien de la personne.Le thérapeute est alors là pour exercer une écoute respectueuse et attentive, sans jugement, et pour aider la personne à « poser ses valises », à « vider son sac ».

    Et parfois le client souhaitera s’arrêter là, et c’est très bien ainsi.

  • Une demande de compréhension

    « Aidez-moi à comprendre ce qui m’arrive, et d’où ça vient »

    Cette demande est courante, et reflète des évidences qu’il faut parfois combattre. Curieusement, comprendre un problème n’aide pas toujours à le résoudre, tout simplement parce que cette démarche est celle de notre cerveau rationnel, qui risque ensuite de devenir le plus grand frein au changement. Certaines approches, les thérapies brèves, les travaux de Milton Erickson, ont montré  à quel point il est parfois plus efficace de promouvoir et d’accompagner le changement sans forcément en comprendre les causes.

  • Demande de changement

    « Quelque chose ne me convient pas dans ma vie, je veux que ça change »

    Ce cas de figure est en apparence le plus courant, mais il recouvre souvent des choses très paradoxales. Nous avons tous envie de changer des choses dans nos vies, et parfois depuis longtemps.
    Qu’est ce qui nous a donc empêché de le faire ?
    Nos habitudes, une organisation de vie, un mode « d’être au monde » s’est progressivement mis en place au fil du temps, et a fini par constituer la réponse la plus confortable, la plus facile que nous offrons aux évènements auxquels nous sommes confrontés.
    Si la vie nous impose une remise en cause de cet équilibre, notre réaction la plus logique va consister à résister au changement imposé, ou éventuellement à chercher les aménagements les plus minimes permettant de continuer à « faire comme avant ».
  • En ce sens, on dit parfois que derrière toute demande de changement, il y a une demande de non-changement.
    La réponse psychothérapeutique doit donc prendre en compte avec soin cette question, en questionnant en permanence les mécanismes « d’homéostasie » qui ramèneront le système à son équilibre initial. Ce n’est qu’à cette condition qu’il sera possible de faire explorer par le client les pistes d’évolution possible, et de l’accompagner dans l’expérimentation du changement.
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